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Premier album de ce groupe de Floride sorti en 2000, "let's get free" est un disque essentiel du rap américain du début du 21ème siècle.Il a été catalogué dans le style "rap conscient" par certains. On peut se demander pourquoi cet adjectif n'est jamais utilisé autrement que pour le rap. On ne parle jamais de chanson française consciente, de métal conscient ou encore de pop consciente. Cela peut venir du fait que le rap (le style musical le plus vendu et écouté en France, rappelons le) a toujours été dénigré par racisme, inculture ou mépris pour ces artistes souvent racisés et issus des quartiers populaires. Il semble toujours plus simple de moquer ou de rabaisser un mouvement qu'on ne comprend pas (et qu'on ne souhaite d'ailleurs pas comprendre) plutôt que de chercher à l'analyser de manière cohérente. A ce sujet je ne peux que vous conseiller l'excellent livre Blues in the Mississippi night et la non moins excellente émission de l'auteur de la postface du livre Black Mirror qui éclaire énormément à ce sujet.

 

Revenons-en à Dead Prez donc et à cet album plus particulièrement. Il y a à peu près tout dans ce disque :

L'intro "Wolves" est issue d'un discours de Omali Yeshitela militant pour les droits civiques aux Etats Unis. Dans ce discours, il utilise l'exemple d'une technique de chasse consistant à enfoncer une lance dans le sol et à mettre du sang sur la lame. Un loup vient et commence à lécher la lame et faisant cela il se coupe mais ne s'en rend pas compte car il continue d'avoir du sang à lécher. Ainsi il meurt progressivement. Il compare cette technique avec l'arrivée du crack dans les quartiers habités par les noirs américains et qui a détruit une génération entre prison, décés ou encore meurtres.

 

Un fois l'intro passée, Dead Prez commence et vous demande de mettre plus fort ! Les titres s'enchaînent avec des thématiques très diverses mais toujours dirigées vers une libération des minorités et une révolution sociale.

 

"I'm an African" tout d'abord. Tout de suite Dead Prez rappelle son héritage hip hop, N.W.A et Public Enemy, groupes de rap des années 80 qui ont réussi à parler de sujets sociaux et politiques de manière radicale à cette époque, ce qui leur a causé quelques problèmes.  Dans ce morceau ils expliquent qu'ils ne sont pas arrivés sur cette terre (les Etats Unis) à cause d'un mauvais karma mais bien en raison de l'esclavagisme. Selon eux ce n'est pas où tu vis qui dit ce que tu es mais bien d'où tu viens.

 

"They school" parle du système éducatif américain, considéré comme raciste par les auteurs. On les contrôle, les sanctionne en permanence et on ne leur promet rien d'autres que des boulots mal payés dans lesquels ils seront exploités toute leur vie. Comme si le but était de conserver cette main d'oeuvre à bas prix de génération en génération.

 

 

 

 

 

"Hip Hop" concerne donc ce style musical dans lequel ils évoluent. Ils expliquent ne pas comprendre pourquoi ce qui est mis en avant à la radio ne reflète pas la réalité de la vie des auteurs et est dégradant pour les femmes (le clip commence d'ailleurs avec un  plan serré sur un postérieur féminin puis vient le message "maintenant que nous avons votre attention"). Faire ce que l'on aime et pas ce qui pourrait amener argent et gloire est ce qui les motive précisément dans cette musique.

 

 

 

"Police State" commence par un discours d'Omali Yeshitela encore une fois et celui-ci résume parfaitement le morceau. " s'il n'y avait pas de police, regardez ce que vous feriez ! Vous seriez en train de vous entretuer s'il n'y avait pas de police ! Mais la réalité c'est que la police devient nécessaire dans une société seulement au moment où il existe une cassure entre ceux qui possèdent et les autres."

 

"Mindsex" a pour sujet la séduction et le fait de ne pas se comporter de manière détestable avec une femme, mais de passer du temps à parler, lire, écouter de la musique, manger ensemble pour se découvrir d'une autre manière que celle purement physique. Le groupe suggère de s'intéresser à l'autre de toutes les façons possibles, sans pour autant nier la dimension physique d'une relation.

 

 

 

"Be Healthy" concerne le véganisme et le fait de ne pas se polluer le corps avec le tabac, l'alcool et la drogue en général. Même si dans ce groupe on fume et on parle beaucoup de marijuana, Dead Prez incite à une discipline de vie et de santé, du corps et de l'esprit.

 

Pour terminer cette liste non exhaustive des morceaux de l'album, nous pouvons évoquer "Animal in Man" qui est une adaptation du livre de George Orwell La ferme des animaux. Les animaux de la ferme chassent le propriétaire de celle-ci pour regagner leur liberté mais après cela les cochons décident qu'ils seront les décideurs et que les autres devront obéir. Les autres animaux décident donc de tuer ce cochon pour, à nouveau, gagner leur liberté.

 

Clairement cet album regorge d'idées et de sujets fondamentaux. Loin d'être un disque de propagande, il pousse à la reconquête sociale, et est surtout un excellent disque de hip hop rempli de hargne et de rage. Tout de la pochette (en hommage aux affiches de la conférence tricontinentale), aux instrus en passant par les samples de discours est excellent.  A écouter d'urgence même 22 ans après sa sortie.

 

 

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